Pelluhue ou le village disparu

Publié le par Revue de Création Littéraire Bilingue ARCOIRIS

Il existe aussi dans l'imaginaire populaire une façon d'expliquer les phénomènes qui transforment l'environnement, ou la nature. Cette légende raconte certainement un phénomène atmosphérique qui raya un village de la surface de la terre.
A Pelluhue, dans le sud du Chili, ( en langue indienne: lieu des moules et des coques), vivait Curry-Caven ("Épineux noir", dans la langue des indien araucanos ou mapuches). Curry-Caven était un pêcheur indien, marié avec une très belle femme de sa race, honnête et bonne maîtresse de maison. Ils eurent une belle petite fille qu'ils nommèrent Rayen-Caven (Fleur d'Epineux), mais peu de temps après la naissance de l'enfant, la mère tomba malade et mourut. Le malheureux Curry-Caven failli perdre la raison à cause de ce malheur. Car en plus d'avoir perdu sa femme, la petite restait orpheline n'ayant plus que lui au monde. Comment allait-il faire pour sortir pêcher, sans avoir une femme pour s'occuper de l'enfant? Comment allait il faire toutes les nuits, puisqu'il fallait qu'il aille tendre ses filets, puis attendre l'aurore pour les ramasser? Il était en plein désespoir quand lui apparut Lafquen Ghulmen ( le "Dieu de la Mer"), un génie marin qui lui promit s'occuper de l'enfant jusqu'à l'âge de vingt ans. "Toi, va pêcher tranquille, ton enfant sera en sécurité, je la surveillera pendant vingt ans, mais aussitôt qu'elle aura atteint cet âge là,  je te la demanderai en mariage". Pour pouvoir continuer à exercer son métier, Curry-Caven accepta le pacte, et la petite indienne grandit sans problèmes, tandis que son père prospérait dans son travail. Mais, comme il n'existe pas un délai qui n'arrive pas à son terme, ni un pacte qu'il ne faille respecter, la petite indienne devint une belle jeune fille, ressemblant beaucoup à sa mère et un jour, un jeune et robuste jeune indien s'épris d'elle, il s'appelait Necul-Ñarqui ("Chat véloce"). Le pêcheur rejeta sa demande en mariage, sans dévoiler le grave compromis qui l'attachait à Lafquen-Ghulmen. Mais dans le fond de son coeur il souhaitait ardemment que celui eut oublié sa promesse, en réalité il souhaitait que sa fille devienne l'épouse de ce bel et courageux jeune homme.
Mais, une semaine avant que le délai n'arrive à son terme, Lafquen-Ghulmen réapparut: "Je viens te rappeler que dans six jours ta fille aura vingt ans et je l'emmènerai avec moi". Le pauvre pêcheur failli en mourir de chagrin; il appela sa fille et son jeune fiancé et leur expliqua le motif de son refus: "J'ai engagé ma parole et je dois rester fidèle à mon pacte", puis il s'effondra en larmes. Necul-Ñarqui jura qu'il défendrai sa fiancée, même s'il fallait qu'il y laisse sa vie.
Le sixième jour, le père s'en alla à la pêche et Rayen-Caven et son fiancé s'enfermèrent dans leur cabane pour attendre l'arrivée du génie des mers. Alors un vent très fort commença à souffler, et un manteau de sable commença à couvrir le village. Le vent souffla pendant d'intérminables heures et le sable formait une spirale au-dessus des faibles cabanes du village. Quand à la fin de cette tempête le père put toucher terre, il se précipita chez une vieille indienne, seule survivante puisque sa cabane était sur une petite colline. De là ses yeux contemplèrent horrifiés le manteau de sable qui maintenant servait de sépulture à Rayen-Caven et Necul-Ñarqui, le couple d'amoureux victimes de la colère du "Dieu de la mer", le puissant Lafquen-Ghulmen.


In "Folclore Chileno" Oreste Plath.
Réproduit par Diomenia Carvajal
(Texte protégé par le droit d'auteur)

La-ruca.jpg

Commenter cet article